Cochenille du cactus: La recherche agronomique intensifiée
Par Jamal Eddine HERRADI, SOURCE
Un plan d’urgence mis en place
L’espèce du ravageur déterminée par l’INRA
Un nouveau prédateur et un biopesticide donnent des résultats encourageants
Depuis son apparition il y a une année
à Sidi Bennour, la cochenille du cactus a engendré des dégâts énormes dans
plusieurs plantations dans différentes régions du pays (cf. www.leconomiste.com). Les
attaques de ce redoutable ravageur sont rapides et imprévisibles, et par
conséquent, la destruction d’importantes superficies plantées en cactus connaît
une extension fulgurante et dangereuse dans plusieurs bassins de production au
Maroc. C’est le cas notamment dans les Doukkala et Rhamna où plus de 50.000
hectares ont été totalement ou partiellement détruits. Les pertes
socioéconomiques et environnementales sont énormes.
Pour empêcher la dissémination de ce ravageur, le ministère de
l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et
Forêts, a mis en place un plan d’urgence d’envergure pour lutter contre la
cochenille du cactus. Parallèlement à des actions de traitements chimiques,
d’arrachage et d’enfouissement des plants de cactus totalement infestés, un
programme de recherche a été lancé par l’Institut national de la recherche
agronomique (INRA) en partenariat avec le Centre international de recherche
agricole dans les zones arides (ICARDA).
Les axes retenus par ce programme concernent d’abord l’étude de
la biologie et l’écologie de l’insecte et de ses ennemis naturels et la
proposition d’alternatives de lutte biologique. S’ajoute, ensuite,
l’identification des biopesticides d’origine végétale ou microbienne contre ce
ravageur. Il fallait également cartographier et géolocaliser l’évolution et
l’agressivité de ce ravageur dans les zones de production de cactus à travers
le Maroc. Et, enfin, étudier les collections nationales (INRA) et
internationales du cactus pour identifier des variétés ou clones résistants
et/ou tolérants à cette cochenille.
Depuis le lancement de ce
programme en juillet 2016, des réalisations originales et très prometteuses ont
été enregistrées (cf. www.leconomiste.com). En effet, l’espèce de ce
ravageur a été déterminée dans le laboratoire d’entomologie de l’INRA à Agadir.
C’est ce qui a permis à l’équipe de chercheurs INRA-ICARDA de lancer
d’importants travaux consacrés à la lutte intégrée contre la cochenille du
cactus.
Concernant l’aspect d’identification de biopesticides, trois
produits ont montré en laboratoire une efficacité intéressante contre ce
ravageur. Des évaluations physiologiques et biochimiques sont en cours pour
éclaircir les différents aspects liés à l’application au champ et plus
particulièrement la phytotoxicité et la réduction du coût, notamment pour le
biopesticide à base d’essence d’orange qui a donné les meilleurs résultats. Il
en est de même de l’utilisation d’un nouveau prédateur sur cette culture. Il
s’agit d’une coccinelle prédatrice qui a montré une importante voracité à
l’encontre de la cochenille. Cette coccinelle et ses larves consomment la
femelle et les nymphes du redoutable ravageur.
Pour l’aspect du suivi de l’évolution et de l’agressivité de la
cochenille du cactus, des prospections, échelonnées dans le temps (2016-2017),
ont été réalisées dans les régions à cactus. Les données relevées lors des
sorties des chercheurs sont en cours d’analyse en vue de produire une carte
avec des données sur la dissémination et les degrés d’infestation de cette
cochenille sur le cactus à travers le pays.
Enfin, l’exploit le plus encourageant et le plus durable pour la
filière cactus est certainement celui qui a été réalisé par l’équipe de
recherche en un temps record (moins d’une année). Il s’agit de l’identification
des écotypes de cactus résistants à cette cochenille à travers des essais
d’évaluation au champ. En effet, une copie de la collection nationale du cactus
de l’INRA a été plantée en août 2016 chez un agriculteur dans la région très
infestée de Sidi Bennour. Le suivi du phénomène des infestations naturelles,
mais aussi celles artificiellement provoquées par l’équipe de chercheurs,
a permis d’identifier pas moins de 6 écotypes de cactus avec une résistance
totale à cette cochenille.
Par la suite, trois copies de cette collection ont été
installées à Zemamra, au Domaine expérimental de l’INRA, sous des ombrières
pour pousser le criblage et la sélection. Ensuite, une copie a été plantée dans
la région de l’Oriental pour l’évaluation agronomique et la résistance
naturelle.
Face à ces résultats, les équipes de recherche avancent que tous
les espoirs sont permis. Et que la fin de la cochenille du cactus est pour
bientôt. Avant même la fin de l’année, assurent-elles.
Multiplier les écotypes
Le
ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des
Eaux et Forêts, Aziz Akhannouch, a donné des instructions fermes pour
intensifier davantage la recherche et procéder rapidement à la multiplication
des écotypes identifiés résistants à ce ravageur. Depuis, 2.500 plants sont mis
en culture sous ombrières et, une fois développés, ils seront plantés pour
constituer un parc à bois, capable de fournir du matériel végétal de cactus
résistant et authentique à des pépiniéristes conventionnés avec l’INRA. Ainsi,
les plants de cactus multipliés par les pépiniéristes serviront les projets de
plantations régionaux du Pilier II du plan Maroc Vert.
«Promu» au rang de filière
importante
Très répandu dans de multiples régions du monde à climat aride
et semi-aride, le cactus (Opuntia sp), communément appelé figue de Barbarie,
est également présent en plusieurs espèces au Maroc. Celles-ci produisent des fruits
exotiques très prisés, mais l’espèce Opuntia ficus-indica est la plus cultivée
pour la production de fruits comestibles.
Au Maroc, la culture du cactus est présente sur l’ensemble du
territoire à différents degrés. Elle est plus concentrée dans les régions des
Rhamna, Marrakech, Sidi Ifni, Al Hoceïma, Doukkala, Tadla et Chaouia. Le cactus
produit des fruits comestibles pour l’alimentation humaine et du fourrage pour
le bétail. S’adaptant parfaitement à la sécheresse, sa culture contribue à la
lutte contre la désertification en protégeant les sols contre l’érosion.
Et aussi à la conservation de la biodiversité des espèces végétales
favorisée par un microclimat adéquat au développement d’une faune et d’une
flore très diversifiées. En outre, cette culture génère des revenus conséquents
pour le monde rural par la valorisation des fruits, de ses déchets et la
fabrication de produits à haute valeur commerciale (cosmétique et
thérapeutique…).
Bien que le cactus soit très apprécié par les populations
rurales, sa culture est restée limitée jusqu’à l’avènement du plan Maroc Vert.
Le cactus a, ainsi, été «promu» au rang d’une importante filière avec des
projections régionales dans le cadre du Pilier II de ce plan. Un effort
considérable de soutien à la plantation et à la valorisation du cactus a été
déployé par le département de l’Agriculture dans les régions propices à cette
culture.
Objectif: atteindre une superficie de 160.000 ha à l’horizon
2020. Pari déjà gagné ou presque. Car, malheureusement, la pérennité de cet
écosystème extrêmement résilient est gravement menacée par une cochenille
ravageuse, invasive et dévastatrice du cactus.
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